La Vallée des Saints

J’en ai entendu parler l’été dernier alors qu’elle existe depuis 8 ans : La Vallée des Saints! Elle est présentée comme « une île de Pâques bretonne »… bon ce n’est pas une île mais une vallée, et ce n’est même pas une vallée mais une colline… ça n’enlève rien au côté impressionnant de ces statues géantes en granit représentant nos saints bretons! Il y en a actuellement un peu plus d’une 100aine, à terme ils en prévoient 1000…

 

J’en ai photographié quelques-unes, chaque Saint(e) est représenté(e) avec un attribut particulier choisi par le sculpteur. Je vais vous citer des passages du guide officiel pour vous en parler plus en détail. Entre parenthèse est ajouté le nom breton du saint.

N’oubliez pas de cliquer sur les photos que vous souhaitez voir en grand, bonne visite!

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« […] C’est que les saints, avant d’accéder à l’immortalité en récompense de leurs vertus, ont d’abord vécu des vies d’hommes. Ils ont connu toutes les faiblesses de l’humaine nature […] »
Pierre-Jakez Hélias

Saint Méen (Meven)
Granit : Rose de la Clarté
Hauteur : 4,10 m

« Méen réalisa de nombreux miracles. Il lui suffisait de frapper le sol avec son bâton pour offrir à ses moines une eau aux pouvoirs guérisseurs. Il parlait aux cerfs et sangliers pour les écarter des cultures de l’abbaye.
[…]
Méen est un des 7 grands guérisseurs de la chapelle de Notre-Dame-du-Haut à Trédaniel où il protège des maladies cérébrales dont la folie. »

Sainte Gwenn
Granit : Bignan Jaune Aurore
Hauteur : 4 m

« Gwenn et son époux Fracan […] débarquent avec leurs deux enfants jumeaux Vennec et Jacut dans la baie de Saint Brieuc […] Un troisième enfant, Gwénolé, nait peu de temps après leur arrivée, et la légende veut que la providence ait fait don à Gwenn d’un troisième sein pour allaiter simultanément ses trois enfants…
[…]
Sainte Gwenn est la protectrice des enfants et est invoquée par les mères manquant de lait. »

Saint Tugdual (Tudwal)
Granit : Le Huelgoat
Hauteur : 3,50 m

« Une autre histoire veut que Saint Tugdual étant à Rome lors du décès du pape, une colombe se soit posée sur lui, le désignant ainsi comme successeur du défunt. Un pape breton ! Rendez-vous compte ! Il s’agit d’une simple extrapolation faite à partir du rapprochement entre deux mots, Pape et Papa, Père, titre donné alors à un évêque. »

Saint Samson (Samzun)
Granit : Le Huelgoat
Hauteur : 3 m

« Une légende raconte d’Anna [Sainte Anne] aperçut un jour près de la mer un groupe de jeunes femmes en furie malmenant une sirène échouée sur le sable. « Nous allons la tuer, c’est une sirène, dit l’une d’elle, et les sirènes séduisent les maris. » Anna finit par lui obtenir la vie sauve en échange de la promesse de ne plus revenir sur les lieux. En remerciement, la sirène lui promit d’exaucer son vœu : trop âgée pour enfanter, Anna souhaite avoir un enfant. Et c’est ainsi que Samson a pu venir au monde. Mais l’enfant est laid et chétif. La sirène le prit pour le plonger dans la mer. Quand elle l’en sortit en le tenant à bout de bras au-dessus d’elle, il était beau, fort et vigoureux ! »

Saint Patern (Padern)
Granit : Gris de Louvigné
Hauteur : 3,50 m

« En 465 un concile, réunion solennelle d’évêques, se réunit à Vannes et confie le nouvel évêché à Patern. […] parmi les interdictions décidées lors de ce concile, l’une concerne la danse. […] elle interdisait de continuer à danser dans les églises. Si, aujourd’hui, dans nos sociétés modernes la danse est un acte essentiellement profane, à cette époque elle faisait partie du culte.
C’était un acte sacré chez tous les peuples depuis une lointaine antiquité. Ces danses s’exécutaient en cercle, les participants se tenant par la main. On a dansé la carole dans les églises jusque tard dans le Moyen-Âge…
Le serpent enroulé sur la crosse de Patern représente le symbole chrétien du mal. L’animal est poli pour nous rappeler que le péché est doux à l’œil et au toucher, et qu’il est facile d’y céder. »

Saint Nicodème (Nikodem)

Pas encore d’informations sur lui dans le guide, il a été ajouté en 2016.
Il tient une tête de cochon entre les mains.

Saint Guen
Granit : Bignan
Hauteur : 4 m

« On connait très peu de choses sur ce saint… […] Reprenons ce que dit Michel Priziac dans Bretagne des Saints et des croyances : « On peut se demander si la dispersion du culte à travers la Bretagne ne dénonce pas l’existence de plusieurs saints locaux dénommés Guen. Le sens même de Guen, blanc, pur, sacré, irait d’ailleurs dans cette direction puisqu’il s’agit d’une caractéristique à laquelle les populations locales étaient particulièrement sensibles. » »

Sainte Thumette (Tunvez)
Granit : Gris de Louvigné
Hauteur : 3,70 m

« On raconte qu’un jour, alors que Tunvez se trouvait à Penmarc’h, sur le rivage, elle vit un bateau de marins en difficulté. Elle lança alors un galet dans leur direction. Là où le galet toucha l’eau, la mer se fendit en deux, permettant aux marins de s’échapper par cette langue de sable ainsi créée. À la Vallée des Saints à Carnoët, […] sa robe est ornée des motifs traditionnels du costume bigouden, cercles et plumes de paon. Patronne des Cap-horniers et des marins au long cours […] »

Sainte Coupaia (Koupaïa)
Granit : Lanhélin
Hauteur : 3,80 m

« Koupaïa est invoquée pour la protection des jeunes enfants et pour favoriser les grossesses. »

Sainte Enora
Granit : Cléder
Hauteur : 3,30 m

« Au Vème siècle, Enora, jeune « galloise » est destinée à Efflam, prince « irlandais », le mariage devant sceller la paix entre les deux peuples, en guerre depuis plusieurs générations. La cérémonie a lieu, mais Efflam, qui a décidé de vouer sa vie à Dieu, convainc son épouse de ne pas consommer leur union.
Au petit matin, Enora se retrouve seule, son époux a filé avec ses compagnons pour rejoindre l’Armorique ! Qu’à cela ne tienne, pas rancunière, Enora embarque à son tour pour retrouver sa trace, et après trois jours de navigation, pose le pied au Yaudet, dans la baie de l’actuelle Lannion. Sur les indications d’un pêcheur, elle retrouve Efflam. […] Ils conviennent qu’Enora pourra vivre à proximité d’Efflam, dans sa propre cellule, avec la promesse formelle de ne pas chercher à détourner ce dernier de ses célestes occupations… À Carnoët, les deux époux sont réunis, Efflam regardant son épouse, qui, elle, contemple la Lune.
Enora est la patronne des nourrices à qui elle octroie une bonne lactation. De ce fait, des rappels à la lune sont visibles sur sa statue de Carnoët car auparavant, les femmes se référaient à cet astre pour connaître leur date d’accouchement. C’est ainsi que la tête de la sainte prend la forme lunaire et que le cycle de la lune est gravé sur sa statue ».

Saint Efflam (Eflamm)
Granit : Rose de la Clarté
Hauteur : 4,15 m

« Efflam veut absolument réaliser son rêve de toujours : vivre en ermite. Enora, son épouse très aimante, accepte et, si Efflam vit dans son ermitage sur son rocher, Enora n’est pas très loin, suffisamment proche pour pouvoir l’entendre sonner la cloche pour elle chaque matin. Une corneille au bec de corail sert de messagère pour les avertir l’un et l’autre en cas de besoin. Et c’est ainsi que plus tard, beaucoup plus tard, en voyant l’oiseau se comporter de façon particulière, il devina que son aimée allait mourir. Avant qu’Enora ne rende son dernier souffle, ils eurent le temps de se dire une dernière fois leur amour.
Et le dragon? Quand il débarque à Plestin-les-Grèves, Efflam rencontre le roi Arthur qui essaie en vain de vaincre un dragon. Efflam ordonne à la bête de sortir de sa grotte. Furieuse, celle-ci sort, grimpe en haut d’un rocher où elle vomit des flots de sang et disparaît à jamais dans la mer.
Allez voir le site du Grand Rocher à Plestin, celui-ci en conserve encore des traces rouges ! ».

Saint Miliau (Milio)
Granit : Maël-Pestivien
Hauteur : 3,50 m

« La légende dit que Miliau fut assassiné par son frère Rivold, jaloux de l’amour que le peuple portait à son roi. Saint Miliau est un saint céphalophore, c’est-à-dire portant sa propre tête entre les mains, la tradition voulant qu’il soit mort par décapitation. C’est sous cette forme qu’on peut le voir sur les panneaux en bas-reliefs dans les églises à la manière d’une bande dessinée sans parole, notamment dans l’église de Guimiliau. »

Saint Tudy (Tudi)
Granit : Bignan
Hauteur : 3,40 m

« […] il est certainement l’un des grands évangélisateurs de la Cornouaille au VIème siècle, principalement du Cap, d’une partie de la Bigoudénie et de la région quimpéroise…
Tudi est invoqué pour la « guérison » des rhumatismes. »

Saint Hervé (Hoarne)
Granit : Lanhélin
Hauteur : 3,50 m

Dos de la statue où est gravé Guic’haran : « Hervé vécu en compagnie de son guide, le jeune Guic’haran et d’un loup apprivoisé ».

Saint Gonnery (Gonery)
Granit : Bignan (statue) et Huelgoat (socle)
Hauteur : 4,30 m

« Les malades venaient prier à son tombeau, notamment la guérison de la fièvre : il suffisait de prendre un peu de terre bénie, de l’attacher au cou des fiévreux et de la rapporter après guérison, en ex-voto, naturellement ! »

Saint Brandan
Granit : Cléder
Hauteur : 4,70 m

Détail du nom gravé.

Sainte Anne (Anna)
Granit : Lanhélin
Hauteur : 4 m

« Itron Santez Anna
Ni ho ped gant joa
Mirit tud an Arvor
War zouar ha war vor.
Madame Sainte Anne
Nous vous en prions avec joie
Protégez les bretons
Sur terre et sur mer.

Ce cantique est entonné par les pèlerins aux pardons de Sainte Anne depuis des générations. À celui de Sainte-Anne-d’Auray comme à celui de Sainte-Anne-la-Palud, c’est la Mamm-Gohz, l’aïeule du peuple breton qui est célébrée, la détentrice du savoir qui montre et ouvre le livre de la vie et de la mort. »

Santez Anna est devenue Sainte Anne dans la tradition chrétienne, la mère de la Vierge Marie.

Saint Yves (Erwan)
Granit : Le Huelgoat
Hauteur : 3,50 m

« Yves Hélory de Kermartin, né au milieu du XIIIème siècle à Minihy-Tréguier, vécut une vie de prédicateur mais aussi de bienfaiteur des pauvres et fut leur ardent défenseur devant la justice. […] Ainsi, il est représenté, à la Vallée des Saints, tenant une bourse dans la main droite, symbole de sa grande générosité. « Beati pauperes spiritu » signale le parchemin déroulé : heureux les simples d’esprit, ceux qui ont l’esprit de pauvreté, qui ne s’attachent pas aux bien matériels.
Il est le patron des hommes de loi et spécialement des avocats. Et de la Bretagne ! »

Vue d’ensemble de quelques saints et saintes…

Sainte Riwanon
Granit : Rose de la Clarté
Hauteur : 4 m

Pas encore d’informations sur elle dans le guide, elle a été ajoutée en septembre 2016 : Article de Ouest-France.
Riwanon est la mère de Saint Hervé.

Saint Ernoc (Ernog)

Pas encore d’informations sur lui dans le guide, il a été ajouté en 2016.

Saint Ronan
Granit : Lanhélin
Hauteur : 3,30 m

« […] du fait de sa célébrité, il lui était devenu impossible de suivre une ascèse, le désert exigeant une grande part de vie en solitaire. Ronan s’en alla donc se retirer dans la forêt de Nevet, en Cornouaille, sur l’emplacement de ce qui plus tard devint Locronan.
« Nevet » désigne un ancien nemeton, espace sacré des druides sur lequel sont venus se succéder les nouveaux cultes aux dieux romains puis aux saints chrétiens. La troménie de Locronan ravive chaque année ce rapport au sacré par lequel les êtres humains se relient depuis des millénaires. En hommage à ce pèlerinage, Ronan est ici « paré » de sa cloche et de son bâton de marche. »

Saint Cornely (Korneli)
Granit : Bleu de Plouigneau
Hauteur : 3 m

« Romain d’origine, Cornelius – Cornely – fut élu pape en 251. Mais sa désignation n’est pas acceptée par l’ensemble de l’église et il est déporté par l’empereur romain Trebonien Galle dans un lieu de réclusion en 252.
Selon une légende bretonne, Cornely parvint à s’échapper et s’enfuit vers l’ouest, poursuivit par les soldats de l’empereur, ses bagages étant transportés par deux bœufs. Acculé devant l’océan, il se retourna vers ses poursuivants, et dissimulé dans l’une des oreilles de ses bœufs, leva la main en direction des légionnaires romains, qui furent aussitôt transformés en autant de menhirs qu’il y en a aujourd’hui à Carnac…
Pour d’autres auteurs, Cernunnos, dieu celtique représenté avec des cornes de cerf, très populaire parmi les Celtes, a pu être « reconverti » en saint chrétien, Saint Cornely, pour faciliter la pénétration de l’église romaine au cours des premiers siècles, alors que les croyances païennes, encore très répandues, faisaient de la résistance… Beau sujet de débats entre historiens ! »

Le site officiel : http://www.lavalleedessaints.com/

Et voici quelques-uns des sculpteurs à l’origine de ces merveilles :

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